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Article: Patria o Muerte « La patrie ou la mort » d’Alberto Barrera Tyszka, 2016.

«Tu es Chávez !», procla- mait le slogan de cam- pagne du leader véné- zuélien en 2013. « Il est Chávez, elle est Chávez, les enfants sont Chávez, les mères sont Chávez, nous sommes tous Chávez. Parce que moi, je ne suis plus Chávez, fanfaronnait même l’ancien pré- sident cette année-là. Moi, je suis un peuple, bordel ! » 
Décédé en mars 2013, Hugo Chávez a marqué à jamais l’histoire du pays. Et son influence sur la politique nationale se fera sentir probablement encore longtemps. Mais tout cela n’est rien à côté de l’empreinte qu’il a laissée dans la fibre même de la société vénézuélienne, et jusque dans l’esprit de chaque citoyen. Dans Patria o muerte, lauréat du prix Tusquets du meilleur roman en langue espagnole, l’écrivain et journaliste vénézuélien Alberto Barrera Tyszka (auteur d’une biographie de référence sur le chef du mouvement bolivarien) révèle la façon dont un leader charismatique peut bouleverser le fonctionnement d’un pays. Une société dirigée par un individu de ce type voit sa vie quotidienne appauvrie, son existence matérielle et affective dégradée, comme contaminée par l’hystérie d’un leader colérique et grossier, autoritaire et capricieux.Dans un pays comme celui-là, tout gravite autour du chef : il est le seul et unique sujet dont on parle et auquel on pense. « La patrie ou la mort » enchevêtre les histoires de plusieurs personnages, se déroulant toutes dans la courte pé- riode allant de juin 2011 (date à laquelle le cancer d’Hugo Chávez a été rendu public) à la mort de ce dernier, en mars 2013, « quand le Venezuela tout entier s’est transformé en une immense et étrange salle d’attente d’hôpital », confie l’auteur à El País.C’est un portrait social et politique du pays pendant la mystérieuse agonie du grand leader, « au moment précis où son discours ré- volutionnaire s’est converti en épopée, où, grâce à sa maladie, Chávez a pu transformer la politique en religion », écrit Luis Fernando Afanador dans Semana. « Être au centre absolu de l’attention. Tel était sans doute son désir le plus profond, sa passion la plus secrète… Il voulait être au cœur de tout. De la nation, de l’histoire, de la vie publique et privée de chaque citoyen », lit-on dans « La patrie ou la mort ». 
L’un des personnages les plus forts mis en scène par Barrera Tyszka est un oncologue retraité de fraîche date, Miguel Sanabria, fatigué du manichéisme ambiant, lassé de devoir constamment se prononcer pour tel ou tel parti, d’être condamné à soutenir les chavistes ou défendre les antichavistes, de voir son identité se résumer au choix binaire qui consiste à se déclarer soit bolivarien soit bourgeois, déchiré entre une épouse qui hait férocement Chávez et un frère,de gauche,qui l’idolâtre. « Tu n’as toujours pas compris, Miguel. On parle d’un homme hors du commun, d’un type de la carrure d’un Bolívar », lance son frère lors d’une énième algarade. « Fais pas chier ! Chávez est tellement égotiste qu’il n’a pas supporté d’être le seul malade, voilà tout : il a encore fallu qu’il contamine tout le pays. » 
À travers les vies de Miguel, de son frère, de son voisin le journaliste Fredy Lecuna, de Rodrigo et María, deux enfants de 10 ans qui font connaissance sur Internet, ou encore de l’universitaire Madeleine Butler, ce roman choral raconte le quotidien de citoyens en proie non seulement à une tension politique constante, mais aussi à une violence urbaine exacerbée. Sous Chávez, « le Venezuela s’est mué en un pays pré- apocalyptique, explique Barrera Tyszka à La Tercera.Chaque jour couvait la menace d’une invasion des gringos américains, d’une tentative de coup d’État, d’un assassinat du grand homme, d’une révolte sociale, etc. » Au bout du compte, écrit Alejandro Arturo Martínez dans le magazine chilien Paniko, « La patrie ou la mort » est « moins un portrait de la société vénézuélienne qu’un roman sur la maladie d’un pays qui s’est laissé infecter par le mal de son président », un pays livré par son chef au cancer de la démocratie. 

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